- OEIL DE PERDRIX, tu nous racontes l'histoire de la Princesse Jasmine?  C'est celle que je préfère ! 

- Oh je l'avais écrite sur ce blog mais elle a coulé corps et biens dans le crash du serveur! Et je n'en ai gardé nulle trace !

Et ça fait longtemps mes petites, je ne me souviens plus

-ALORS raconte-nous une histoire de sirène ! 

-D'ACCORD CE SERA UN CONTE CHINOIS

 

 CONTE 1ère partie:

 
Il était une fois au bord de la mer de Chine un pêcheur dans une cabane en planche.
Tchin Yin était son nom. Il avait femme et fils, celui - ci se nommait Tchin Yang et il était très malade, il ne quittait pas son lit.
 
Un jour de tempête, un viel homme, un sage égaré sur la côte, frappa à leur porte à l'heure du déjeuner. Il demanda au pêcheur le gîte et le couvert pour deux jours, le temps que le soleil revienne, qu'il se soit reposé et restauré pour pouvoir continuer son périple. Tchin Yin n'avait pas de quoi le nourrir correctement et il n'osait prendre la mer dans sa barque pour aller pêcher quelque bon poisson tant le vent était fort. Il craignait d'être retourné puis englouti par une mauvaise vague. Il savait également qu'il ne ferait pas bonne pêche au cours de la tempête. Il n'aimait pas prendre de risques inutiles. Il avait encore un fils à soigner et à élever, qui n'était pas prêt à prendre sa suite et une femme à aimer qu'il n'était pas prêt à quitter. Il se confondait en excuses auprès  de son visiteur. Il lui donnerait ce qu'il lui restait de galette et de poisson séché. Il ferait de son mieux.
Le visiteur le remercia mais insista pour avoir du poisson frais. Il lui assura que s'il partait à la pêche et lui confectionnant un bon repas, il lui donnerait une belle récompense et lui ferait une prédiction intéressante qui concernait l'avenir de son fils et sa bonne fortune. Le pêcheur hésita, puis, encouragé par sa femme, il partit préparer sa barque, ses avirons et ses filets. Pas question de naviguer à la voile avec un vent pareil.  Sa bonne corde lui servirait à s'attacher au banc pour ne pas être éjecté par une vague sournoise. "Tu en as vu de plus dures, lui dit sa compagne, et tu t'en es toujours bien tiré. Il me plairait que notre fils guérisse et devienne un beau monsieur important, fais ce que l'étranger te demande." 
Ainsi fut fait. Tchin Yin prit la mer qui secouait sa barque comme salade dans un torchon. Il jeta ses filets, s'attacha au banc, affronta les flots déchaînés et revint épuisé avec sa pêche à la cabane.
Son épouse Lin Tia prépara les beaux poissons frétillants pour l'invité de marque qui se régala et le remercia d'une bonne bourse de pièces d'or.  Puis il mixa quelques gouttes d'une fiole qu'il possédait avec la chair crue d'un poisson frais pêché, en fit une boulette qu'il donna à manger à l'enfant fiévreux. "Demain votre fils Tchin Yang se réveillera fort et sain. Son mal aura disparu, ainsi que votre fatigue, hôtes courageux" dit-il aux époux étonnés. Puis alla se coucher.
 
Le pêcheur et sa femme se demandèrent s'il s'agissait là de la fqmeuse prédiction mais ils n'osèrent pas le questionner. Ils étaient déjà très  satisfaits de cette bonne aventure. Au matin, en effet, l'enfant se leva comme s'il n'avait jamais été souffrant, il prépara le feu et fit chauffer l'eau pour le thé. Le pêcheur et sa femme se sentirent remplis de vigueur, prêts à affronter la réparation des dégâts occasionnés par la tempête. L'étranger souriait. Personne ne le questionna.
Il prit encore un repas chez ses hôtes, au moment de partir, il appela le pêcheur occupé à colmater les brêches de sa barque. 
"Je te remercie infiniment, ton fils sera prince puis roi d'un peuple innombrable. Il devra pourtant se méfier, en un instant, il pourrait tout perdre. Donne mon présage et mon avertissement. Il ne faut pas regarder en arrière, mais aller de l'avant. Soyez heureux!"
Et, longeant la plage vers l'est, il disparut rapidement à ses yeux.
Le pêcheur rapporta les propos de l'étranger à sa femme, qui les dit à son fils. Et chacun retourna à son travail.
 
Les jours et les années passèrent.  Tchin Yin se fit très  vieux, un matin, on le trouva inerte dans son lit, son âme était partie. Tchin Yang l'enterra derrière  la cabane. Puis ce fut le tour de Lin Tia de quitter notre monde, son corps fut placé aux côtés de celui de son mari, derrière la cabane. Tchin Yang venait souvent se recueillir sur la tombe de ses parents.  C'était un pêcheur très  expérimenté. Il connaissait l'art de la plongée, il savait trouver les coquillages perliers, il gagnait bien sa vie. Mais la mer lui prenait tout son temps, il n'allait pas en ville. Il ne cherchait pas à fonder un foyer, et pourtant, plus le temps passait, plus il sentait  un vide le ronger. La prédiction?  Avait-il rêvé la visite de l'étranger? Pourtant il y avait eu sa guérison, et cet argent tombé du ciel qui avait permis d'acheter une nouvelle barque et de nouveaux filets, de réparer la toiture et de ne plus jamais manquer de produits de première nécessité.
Il avait à présent un bel étal au marché et il fournissait de grands bijoutiers de la capitale en perles fines et délicats coraux et camés.
 
Il arriva qu'un jour, subitement, un grand vent se leva tel qu'on eut jamais vu. Plus fort que la plus forte des tempêtes connue jusqu'alors. 
Tchin Yang se trouvait dans sa barque au large. Il venait de jeter ses filets. Tout était calme, une belle journée s'annonçait, lorsqu'un chant étrange s'éleva, suivi de ce vent énorme. Le pêcheur s'attacha à son banc comme le faisait son père. Il perdit connaissance. Fut secoué, ballotté pendant de nombreuses heures.  Puis il se réveilla complètement trempé sous un ciel gris acier, la barque chargée d'eau, la ligne de flottaison très basse. Il écopa tant qu'il put. Puis se mit à tirer ses filets, ceux qui n'étaient pas rompus. Il ramena une grosse masse, comme un dauphin, mais ce n'était pas un animal, plutôt une créature. Elle portait un genre de crinière et se terminait par une large queue. Elle était blessée et très  marquée par le maillage. Il ne savait pas si elle vivait encore. Elle était froide, inerte et ferme au toucher. Il lui semblait apercevoir comme des bras et des mains. Il faudrait ramener à terre le filet et le couper pour la délivrer, la soigner et la relâcher. Il y avait un problème: combien de temps tiendrait-elle hors de l'eau? Ne se déshyrayerait-elle pas trop?  Pouvait-elle respirer dans notre atmosphère ?  Pour elle, il laissa un fond d'eau dans la barque.
Après des heures d'aviron et de lutte contre les courants contraires, il accosta près de petits rochers qui formaient des bassins ou baignoires. Il délivra la créature des mailles du filet et la plaça dans l'eau d'une de ces cuvettes naturelles qui se trouvait être plus tiède et plus hospitalière que celles de la mer. Il alla chercher du vin et du miel, un grand drap, de l'eau et du sel, des miettes de poisson séché, de la graisse, un peigne.  Enfin de quoi soigner, nourrir, réchauffer, réconforter, réhabiliter. Et il tenta de rendre vie à ce grand corps meurtri. 
La créature ressemblait à l'idée qu'on pourrait se faire d'une sirène. C'était une femelle, à la longue chevelure, elle rejeta un peu d'eau et parut s'assouplir sous les divers traitements et soins. Elle avait besoin d'être immergée pour vivre et Tchin Yang, après  avoir nettoyé ses blessures, décida de la porter en eau vive et profonde. Il mit la créature dans sa barque et embarqua son matériel de plongée. Il voulait la voir évoluer sous l'eau. Au moment de la faire  basculer à la mer,  il vit briller dans sa crinière comme un élément de fin diadème réalisé dans une matière inconnue mais scintillante. 
Une fois rendue à son élément, la créature se montra habile et gracieuse. Il pensa tout de suite à une chimère, mi femme mi poisson, elle n'était pas vilaine bien que les balafres la défigurent. Elle lui fit signe de la suivre.  Il lui fit non de la tête. Et il remonta prendre de l'air. La créature lui fit un signe qu'il  interpréta comme "attends,  je vais revenir" et elle plongea vers les profondeurs en direction du large. Tchin Yang remonta dans sa barque.  Il jetta l'ancre et laissa sa corde de plongée dans l'eau. 
(À suivre)