Bien sûr lorsqu'on se rend en un lieu inconnu, perdu au milieu des vignes, il y a fort à parier que l'on se ?  Perde!

Une demi - heure de retard et un radio-guidage pour la fin du parcours.

 

Mon amie nous attend devant la grange. Ouf, nous y sommes.

Une maison basse, toute en longueur, où court la glycine et l'humidité, jouxtée d'une terrasse avec grande table et chaises de jardin. En face la basse-cour et ses volailles bien claironnantes.

Nous sommes en retard , il faut passer à table sans attendre. Je fais connaissance du maître de maison et ancien maître de chai, la coopérative c'est à présent plus pratique. Je ne souffle mot... l'âge nous rattrape, il faut s'incliner!

 

Oeil de Vautour joue son rôle à la perfection! Elle goûte de tout, utilise sa serviette, attend que la maîtresse de maison ait agi pour faire de même, répond à sa conversation. Pour ma part je devise avec monsieur qui prend plaisir à développer ses théories sur l'éducation, l'agriculture, le cyclisme et enfin sur nos origines communes mon amie et moi.

Le repas en "toute simplicité" comporte: boisson apéritive, soupe du terroir, salade des légumes du potager, escalopes de veau accompagnées de pommes dauphines et de haricots du jardin, variétés de fromage dont maroilles, au désert notre tempérament régressif nous fait opter unanimement pour la glace au café. Point d'orgue sur café serré.

 

Nous en sommes à échanger sur les oeuvres de B P romancier historien de la vallée que monsieur a lues et appréciées. Particulièrement l'intrigue policière placée à l'époque des brigades du tigre. Il va me chercher l'un des ouvrages pour me le prêter. 

 

Mon amie, en bonne hôtesse nous fait visiter les terres et dépendances. Si je me délecte de cette plongée renouvelée dans mon enfance agreste: les remises bondées de véhicules et d'outils, tapissées de poussière  et de toiles d'araignées, cachettes propices à la nidation des poules et au couvage des oeufs, les vergers de noyers, noisetiers, pruniers, cerisiers, les bosquets touffus protecteurs de mousseronnières, les ronciers prolixes en mûres, les carrés de primeurs, Oeil de Vautour s'ennuie (peut-être de n'avoir plus le premier rôle auprès de mon amie) et demande de loin, à haute voix, à rester avec "la femme de ménage" pour l'aider. Je la prie de venir auprès de moi: "Es-tu venue pour tenir compagnie à l'employée dont tu ignorais tout jusqu'à l'existence avant son arrivée ici sur les 15h?" 

Je lui rappelle que nos conventions sont qu'elle reste avec moi, et point seule avec une inconnue pour un temps indéterminé, que la politesse veut également qu'elle demeure auprès de son hôte qui veut l'honorer en lui faisant visiter sa propriété.  Je lui rappellerai plus tard en privé combien il est mal élevé de vouloir rester avec les domestiques qui ne sont pas là pour la surveiller et la distraire ou lui faire la conversation, mais pour répondre aux exigences de travail pour lequel ils sont rétribués par la patronne, et combien il est désobligeant d'avoir dit tout haut l'expression de "femme de ménage", comme d'avoir signalé à mon amie, avec beaucoup de mauvaise grâce et de reproche dans la mine et la voix, qu'elle ne me suivait que pour ne pas avoir à subir mes représailles!

 

Une fois passé ce cap, la recherche des mûres dans les haies  et des oeufs au poulailler, la découverte des petits poussins sous leur mère, applaniront bien des difficultés. 

 

Au retour, visite de tous les appartements, même s'ils sont modestes, vétustes et sommairement rangés. C'est la tradition chez nous, on fait "tout" visiter. 

Puis visionnage de photos de notre pays, de ma ville surtout; nous repartons chargés de confitures et d'oeufs frais.

Dommage que la renarde ait englouti une part du cheptel!

 

J'aimerais avoir le temps de venir tailler les ronciers qui phagocytent les acacias et les noyers !  

 

Très belle journée, mon amie émue aux larmes (citoyens!)

 

Puisse ce temps de douceurs perdurer!