Le matin pilate avec l'association Plein-Air.

Oeil de Vautour se  dispense de certains mouvements. La fatigue sans doute. 

 

Le canoë est une partie de plaisir.

 Je revois le moulin et la cascade qui ne sont plus accessibles que par voie d'eau. Oeil de Vautour succombe à la tentation de se baigner dans la rivière malgré sa couleur, le pollen en surface, les algues, les poissons. Au retour l'animateur veut engager une bataille d'eau, heureusement j'arrive à lui faire comprendre que je ne peux recevoir d'eau dans le dos.

 

Je décompresse à l'ombre d'un tilleul tandis qu'Oeil de Vautour s'initie au foot puis au base Ball avec un ancien rugbyman néozélandais qui joua en championats dans l'équipe de France.

Elle poursuit ensuite son apprentissage sur mono roue électrique. 

Trop de temps pris pour l'aide au rangement des ateliers, bien que tout soit prêt à la maison pour la rando à la fraîche, nous n'arrivons au rendez-vous qu'après le départ des marcheurs vers une destination inconnue! Pas question de retrouver leur piste et de les rejoindre. Même avec des ruses de Sioux.

Nous faisons alors une virée automobile à là recherche des moulins fortifiés de la vallée.

Et nous pique-niquons non loin de l'un d'entre eux. 

Tranquille est la prairie lorsque s'élève un chant de tambour proche du rythme des pow wow. 

Oeil de Vautour commence à râler: venir en pleine campagne pour subir une telle nuisance sonore!

J'entame alors un délire humoristique, partagé avec elle, qui durera jusqu'à ce que le tambour se taise.

 

Peut-être répète-t-on une danse indienne de lavtribu des Craw pour une veillée ou un feu de camp?

 

C'est sans doute un enfant qui frappe sur un tambourin pour s'amuser ou casser les oreilles à ses parents. Ce qui serait tout de même étrange, car il frappe toujours le même rythme, et fort  longtemps. 

Donc c'est un adulte: une personne coachée par un prof qui l'entraîne à produire toujours la même cellule, le plus parfaitement et régulièrement possible. L' élève y met beaucoup de bonne volonté et de persévérance mais c'est dur et il veut ou doit y arriver à tout prix.

Le prof est impitoyable, "recommence, là tu as mis un accent et il ne faut pas, ça devient irrégulier reprends - toi". 

Il faut dire qu'il s'occupe d'un élève particulièrement arythmique mais de très bonne volonté. Ça finira par payer. 

Voilà que l'effort déconstruit la musique,  l'élève se fatigue et l'anarchie gagne,  il devrait songer à cesser son exercice. 

De fait peu après le tambour se tait définitivement. 

Cette ode a duré une bonne demie-heure, le temps de notre repas. Nous sommes soulagées.

 

Apparaît sur le chemin une femme qui téléphonait lorsque nous arrivions au moulin.

Nous nous souhaitons le Bonsoir, et je lui demande si elle sait qui jouait du tambour.

Surprise!  C'est elle même car elle est chamane!

Autre surprise, Oeil de Vautour se met à la couvrir de louanges pour la belle musique qu'elle a produit.

Le corbeau ne se sent plus de joie, il ouvre sa housse et nous montre un tambourin large comme un immense camembert, dont le dos ressemble à un attrape rêve.

La proie n'est pas le fromage! Mais l'enfant "innocent" qui se livre à un interrogatoire serré sur l'instrument et sa technique.

La dame se dit chamane, cartomancienne et guérisseuse et prétend exercer quelques soins sur l'enfant si elle en reçoit la permission.

Que nenni, ça alors! La mère de l'enfant ne permet pas que je lui administre le moindre remède naturel indispensable dont elle a cependant besoin,  il faudrait bien voir qu'une inconnue exerce des pratiques pour améliorer d'hypothétiques maux sur ma petite-fille, c'est "non" bien sûr!

Réponse magnifique: "mais c'est SON corps, c'est à elle de choisir ! "

Ben voyons, elle a 11 ans laissons-la choisir CE QUI EST BON POUR SON CORPS!

Les proies se rebiffent!

 

La chamane n'insiste pas.

 

Oeil de Vautour obtient la permission de jouer du tambour, elle demande si c'est "bien", on lui dit que là n'est pas la question,  que ressent-elle?

Une chose est sûre, elle voudrait un tambour!

 

 Après dialogue sur l'instrument, sa conception et sa fonction, la chamane nous quitte enchantée des bonnes dispositions d'âme d'Oeil de Vautour .

Je pense le "soin" efficace, je veux bien entendu parler de ce dialogue bienveillant entre Oeil de Vautour et la chamane et de l'impact des sons graves du tambour sur elle. Je rechercherai un tambourin à la maison et le lui offrirai pour ses séjours à la campagne. C'était un projet ancien que je peux concrétiser à présent.

(Ainsi fis-je deux jours après,  mais elle se désintéressa aussitôt du cadeau soigneusement choisi et adapté, j'en conclus qu'elle  avait simplement cherché à accaparer l'attention de la chamane et à posséder son tambour pour devenir en quelque sorte l'autre, celle qui le possédait. Un autre tambour, la production de musique ou de rythme ne l'intéressait pas vraiment. Je remis donc le tambour inusité dans ma panoplie instrumentale)

 

La soirée n'étant pas finie, en repassant au bourg, je parle de mon amie S#####.

Je dis que je ne me souviens plus trop où se trouve sa demeure tant est loin le temps où j'y vins pour la dernière  fois, et si elle habite toujours ici. Oeil de Vautour me propose sur le champ de me renseigner auprès de trois promeneuses stationnées dans la cour devant l'église. 

Elles sont vacancières mais me suggèrent de me renseigner auprès de la troupe de théâtre en pleine répétition dans les locaux avoisinants. 

Tout le monde ignore qui est mon amie et ce qu'elle est devenue mais nous sommes invitées à assister à la répétition. 

Nous restons donc. Le sketche est désopilant.  Trois harpies tentent de séduire un inconnu qui lit un journal sur un banc.  Chacune a ses charmes et sa tactique, lorsqu'il mord enfin à l'hameçon,  il se fait traiter de satyre et vider du lieu. Enfin elles peuvent pique-niquer tranquilles en déversant leur bile sur le sexe dit fort ! 

 

Je songe à prendre congé car le jour baisse. Un essaim de guêpe menaçant le local de répétition, la directrice téléphone au maire et en profite pour demander des nouvelles de ma collègue, j'apprends qu'elle est décédée en février dernier et que la maison va être mise en vente par sa fille.

S##### fumait beaucoup et je crains que le cancer l'ait emportée.

 

Je montre de loin à Oeil de Vautour sa maison et son jardin avec les bambous (oui la mémoire m'est revenue) et nous repartons décidées à faire un tour aux tablées nocturnes. 

 

Là, je danse un bon quart d'heure ce qui me permet de retrouver ma forme! Pendant la déambulation, nous rencontrerons l'équipe de Plein-Air. L### offre un diadème de petites roses à Oeil de Vautour. 

C'est un article très mode pour les jeunes filles cette année.

 

Nous apprenons de la bouche de M### que le grand-père du petit Joël est à l'hôpital et sera opéré de plusieurs nodules au cerveau, découverts suite à un scanner consécutif à l'accident. La présence de ces tumeurs ignorées explique peut-être le triple accrochage quelques jours auparavent.  Le petit Joël va bien mais répète très souvent: "Papi boum! Papi bobo! Papi pinpon!" Résumé de l'accident.